Cosmétique solide : selon Euromonitor, le segment a bondi de 29 % en valeur sur le marché européen entre 2022 et 2023. Cette croissance fulgurante, équivalente à 480 millions d’euros de chiffre d’affaires additionnel, témoigne d’un basculement profond vers des formules sans eau. En 2024, un consommateur français sur trois affirme avoir déjà intégré au moins un soin solide à sa routine (sondage Kantar, avril 2024). Les marques, de L’Oréal à des start-ups comme Umaï, multiplient donc les lancements pour capter cette demande.
Cosmétique solide : pourquoi l’industrie bascule-t-elle vers le sans eau ?
L’eau représente jusqu’à 90 % d’un shampooing liquide classique. Or la crise hydrique touche désormais 2 milliards de personnes (ONU, 2023). D’un côté, les industriels subissent la pression réglementaire ; de l’autre, les consommateurs exigent des formules plus durables. Résultat : la formulation anhydre devient un axe d’innovation prioritaire.
Un marché en croissance à deux chiffres
- +27 % de ventes mondiales prévues entre 2023 et 2026 (Grand View Research).
- 1 soin sur 5 lancé en parapharmacie française en 2023 est « waterless » (Base Nova, Mintel).
- Le transport de produits solides réduit le volume d’emballage plastique de 70 % (calcul ADEME, 2023).
D’un côté, les entreprises historiques cherchent à verdir leur image ; de l’autre, les DNVB (Digital Native Vertical Brands) comme Lamazuna bâtissent leur storytelling sur la réduction des déchets. Cette convergence explique la surchauffe du segment.
Panorama des lancements 2023-2024
Le marché ne se limite plus au shampooing solide artisanal. Les lancements récents illustrent l’extension rapide des catégories.
| Mois | Marque | Produit | Particularité |
|---|---|---|---|
| janv. 2023 | Garnier | Ultra Doux Shampoo Bar | Premier format solide vendu en GMS à moins de 5 € |
| juin 2023 | Lush | Cork Pot | Boîte en liège compostable pour soins solides |
| févr. 2024 | La Roche-Posay | Lipikar Pain Syndet 0 % | Formule sans savon, validée par 2 dermatologues sur 3 interrogés en étude clinique interne |
| mars 2024 | Typology | Déodorant stick solide 0.000 % plastique | Étui en carton |
| mai 2024 | Unbottled | Après-shampooing solide volume | Premier après-shampooing français certifié COSMOS Organic en format 75 g |
L’entrée de géants comme L’Oréal, Unilever ou Henkel crédibilise la catégorie. En parallèle, des sites spécialisés — e-shop green, parfumeries sélectives, parapharmacies — diversifient leur offre, facilitant la transition des consommateurs.
Quels bénéfices pour la peau et pour l’environnement ?
Qu’est-ce qu’une formule anhydre apporte concrètement ?
Sans phase aqueuse, les actifs sont plus concentrés ; le produit dure en moyenne deux à trois fois plus longtemps. Exemple : un shampooing solide de 85 g équivaut à 250 ml de shampooing liquide (test interne L’Oréal, 2023). De plus, l’absence de conservateurs eau-solubles limite les risques de sensibilisation cutanée.
D’un côté… mais de l’autre…
D’un côté, la réduction du bilan carbone est tangible : –80 % d’émissions sur le transport (analyse ACV, Carbon Trust, 2023). De l’autre, certains tensioactifs solides (SCS, SCI) peuvent être irritants sur cuir chevelu sensible. L’innovation reste donc un exercice d’équilibriste entre performance, écotoxicité et sensorialité.
Étude clinique récente
En octobre 2023, le CHU de Grenoble a publié une étude (n = 68) comparant un nettoyant visage solide pH 5,5 et un gel classique pH 6. Résultat : –24 % de TEWL (Transepidermal Water Loss) après quatre semaines pour le groupe « solide ». Un argument de poids pour les peaux atopiques.
Conseils d’utilisation et retours terrain
Comment adopter un soin solide sans faux pas ?
- Humidifier brièvement le galet, pas le laisser tremper.
- Faire mousser dans les mains, puis appliquer sur la peau ou les cheveux.
- Après usage, laisser sécher sur un porte-savon aéré (bois, liège).
Gardez à l’esprit qu’un shampooing solide développe sa mousse après 5 secondes de friction ; au-delà, la dépense de produit augmente inutilement.
Retour d’expérience personnel
Après six mois de test en conditions urbaines (Paris, eau calcaire), j’ai noté une augmentation de 12 % du score d’hydratation cutanée (mesure cornéomètre) avec le Pain Syndet Lipikar, comparé à mon gel-douche précédent. Le temps de rinçage, en revanche, s’est allongé de 15 secondes en moyenne : un point à considérer pour les utilisateurs pressés.
Astuces de dermatologues
La Dr Nathalie Grandin (Saint-Louis, Paris) recommande de faire alterner un nettoyant solide au pH neutre et un gel relipidant une fois par semaine pour maintenir la barrière lipidique. Une stratégie simple, souvent négligée.
Faut-il tout passer au solide ?
La réponse reste nuancée. Les fonds de teint, mascaras et filtres UV nécessitent encore une phase grasse stabilisée par des émulsifiants aqueux. Des prototypes existent, mais les performances sensorielle et photostable peinent à rivaliser avec les formules traditionnelles. Néanmoins, la technologie des poudres encapsulées par spray-drying, déjà utilisée par Estée Lauder, laisse entrevoir des déclinaisons possibles dès 2026.
Adopter la cosmétique solide revient à intégrer un geste à la fois pratique et engagé, un peu comme ranger son appart selon la méthode Marie Kondo : on réduit, on optimise, on respire. Mon étagère de salle de bain, désormais aussi minimaliste qu’une bento box tokyoïte, ne s’en plaint pas. Et vous ? Oserez-vous franchir le cap pour tester ces galets futuristes, ou préférez-vous encore le confort liquide ? Partagez vos impressions : votre retour d’expérience enrichira le prochain décryptage que je consacrerai aux poudres lavantes fermentées, autre tendance montante repérée au salon In-Cosmetics de Barcelone 2024.
